23.10.2014

Photographie culinaire: Gérer la lumière chez soi

Rédigé par:
Chef Nini

23.10.2014

Photographie culinaire: Gérer la lumière chez soi

La lumière. Elle pose souvent problème dès qu’il s’agit de photographier en intérieur. Bien qu’on puisse réaliser ses photos culinaires en extérieur (cf mon article consacré à ce sujet), dans 98% du temps, c’est bien chez soi que l’on photographie ses plats.
Mais heureusement, il est possible de dompter la lumière, il suffit de connaître quelques astuces.
C’est pourquoi, j’ai décidé de consacrer ce dernier article à la gestion de la lumière pour partager avec vous des petits conseils pour mieux la gérer sans avoir besoin de créer tout un studio photo de professionnel.

Trouver le bon endroit chez soi
Ce qui est primordial, c’est de trouver en premier le bon emplacement chez vous pour profiter de la plus belle lumière.
Contrairement à ce que vous pourriez penser, une pièce baignée de soleil n’est pas le meilleur endroit pour réaliser vos photographies de plat. Le jaune va dominer la scène et l’ambiance sera trop chaude. Bien évidemment, vous pourriez changer la balance des blancs de votre appareil photo, cependant le résultat paraîtra quand même moins naturel et vous passerez trop de temps au post-traitement de vos images. Cela risque d’être contraignant à la longue.

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J’ai photographié ces pommes dans deux pièces différentes mais à la même heure. À gauche, c’est dans ma salle à manger, baignée de soleil, que j’ai réalisé cette photo. Comme vous pouvez le voir, l’image est clairement trop chaude. Mon fond, de couleur gris, est devenu marron.

À droite, c’est dans ma cuisine que cette photo a été prise. Le soleil ne donnant pas dans cette pièce, l’ambiance est beaucoup plus froide (le fond est de nouveau gris) mais plus proche de la réalité.

Privilégiez plutôt une pièce où le soleil ne donne pas, ou peu, pour garder une certaine neutralité aux couleurs de votre plat.

Placez votre scène près de votre fenêtre. Le mieux est de pouvoir la placer près d’une porte-fenêtre ou d’une baie vitrée. Ces ouvertures offrent évidemment une meilleure clarté à la pièce.
Cependant, si vous possédez une fenêtre toute simple, placez votre scène à hauteur de celle-ci pour que la lumière soit mieux répartie et présente des ombres plus douces.

Pour faire entrer encore plus la lumière dans votre intérieur, ouvrez au maximum les voilages si vous en avez et ouvrez les fenêtres. Tout de suite, vous allez voir la différence ! Les vitres jouent le rôle de filtre.

Préférez photographier dans une pièce aux murs neutres : blanc, gris clair, beige. Si votre pièce est peinte en bleu, en rose foncé ou en orange, il est évident que la couleur va se retranscrire sur votre scène et modifiera la colorimétrie de la photographie.

J’ai mis du temps avant de trouver le bon endroit chez moi. J’ai la chance d’avoir des portes fenêtres dans toutes mes pièces. J’ai d’abord photographié dans ma salle à manger mais le soleil donnant une bonne partie de la journée, mes photos étaient trop chaudes. Et quand bien même le soleil n’était pas présent, je manquais de lumière.

J’ai donc essayé dans une autre pièce où le soleil ne donne jamais. Cependant la petitesse de cette pièce ne me permettait pas de placer une grande scène à côté de la fenêtre. C’est donc finalement dans la cuisine que j’ai trouvé le meilleur “spot” de mon intérieur. Pas de soleil direct, une porte-fenêtre devant laquelle je peux placer une grande scène, dans une pièce au ton neutre (mur gris).

Conseil: Pour trouver chez vous le meilleur endroit, n’hésitez pas à vous déplacer avec votre plat et à observer la lumière sur celui-ci. Faites des photos de votre sujet dans les différentes pièces et voyez les résultats obtenus. À quel endroit avez-vous réalisé la plus jolie photo ?

Photographier à la bonne heure
Maintenant que vous avez trouvé où photographier, la question est de savoir quand photographier.
Observez comment votre pièce est éclairée tout au long de la journée. C’est souvent entre 12 et 14 heures que la lumière est la plus intense. Mais à chaque saison, ses spécificités.

L’été est la meilleure saison pour peu que vous puissiez éviter le soleil dans votre pièce toute la journée. Vous pourrez y faire vos photos de 9 h à 17 h ! Parfait donc pour vous entraîner sans contrainte.
Mais l’hiver, la faible lumière vous obligera à photographier de 11 à 14 h, voire 15 h par temps clair.

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En plus de la durée d’ensoleillement, il y aussi la dureté de la lumière qui change tout au long de la journée. Voici ci-dessus un exemple de pommes photographiées au même endroit, mais à 4 heures d’intervalle. Voyez comme la lumière est différente.
À gauche, c’est à 9 h du matin qu’elles ont été photographiées. Les ombres sont plutôt dures, mon fond est très sombre bien que les pommes soient correctement exposées.
À droite, la photo a été prise à 13 h. L’ambiance est beaucoup plus naturelle, plus douce et plus neutre. Le fond est d’ailleurs plus clair.
Selon la position du soleil dans le ciel, la lumière arrivera de manière plus douce ou plus dure, plus jaune ou plus bleue. Voyez d’ailleurs la différence de colorimétrie entre les deux prises de vue ?
Observez bien comment la lumière se diffuse dans votre pièce pour trouver le moment où elle met réellement en valeur votre plat.

Note: Photographier avec la lumière naturelle, c’est devoir s’adapter au temps qu’il fait. Un exemple flagrant : les journées où le soleil alterne avec les nuages en l’espace de quelques secondes. Ces changements ont tout de suite un impact sur vos photos. D’un coup, votre scène est joliment mise en lumière, légèrement chaude, bien équilibrée et puis un nuage arrive, et la scène est assombrie et bleutée. Dans ce cas, vous n’aurez pas d’autre choix que d’attendre le retour du soleil pour garder une harmonie sur l’ensemble des photos que vous prenez.

Le réflecteur, une aide à petit prix
Le souci avec les photographies d’intérieur est la gestion des ombres. Si la lumière est placée de côté, immanquablement l’autre côté sera marqué par les ombres des différents éléments disposés sur la scène. Idem, si vous placez votre scène face à votre source lumineuse, les ombres sont placées à l’opposé.
Il existe cependant un accessoire abordable et extrêmement pratique qui permet d’adoucir / de déboucher les ombres : il s’agit du réflecteur.

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Ces photos ont été prises en contre-jour. On voit parfaitement la différence entre ces deux images. L’ajout du réflecteur, sur la photo de droite, met tout de suite en lumière les tomates et la viande. Les ombres sont beaucoup plus douces.

C’est un accessoire qui se présente sous la forme d’un grand cercle dont la face est recouverte d’une fine pellicule métallisée qui va réfléchir la lumière.
On vient placer ce réflecteur à l’opposé de la lumière.
Si votre fenêtre est à gauche de la scène, vous placerez votre réflecteur à droite.

Pour une scène placée en contre-jour, ne placez pas l’accessoire en face de la fenêtre. Vous ne pourrez plus photographier. 😀 Placez-le de biais d’un côté ou de l’autre.

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Sur l’image de gauche : lorsque je photographie en contre-jour, je place mon réflecteur de biais sur la droite afin que je puisse me place devant ma scène. Les ombres sont tout de même débouchées.
Sur l’image de droite : beaucoup plus simple, lorsque je place ma scène à droite de ma fenêtre, le réflecteur vient se placer à l’opposé.

Un réflecteur coûte environ 20 €. Cependant, si vous n’avez pas envie d’investir. Il existe des petites astuces économiques pour déboucher les ombres. Notamment les barquettes de saumon fumé. Avez-vous remarqué que ces supports sont réfléchissants ? Pour obtenir un réflecteur de bonne taille, je vous conseille d’en coller plusieurs ensembles pour qu’il soit efficace sur l’ensemble de votre scène. Le papier aluminium est aussi une bonne astuce. Recouvrez un support rigide, un carton un peu épais par exemple.

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Le réflecteur n’est pas un indispensable. Regardez ces deux images. La lumière de la photo de gauche offre une mise en valeur du relief des meringues. Les rainures sont bien marquées. Ici, je n’ai pas placé de réflecteur.
En revanche, sur l’image de droite, la lumière est totalement différente avec le réflecteur placé à droite. Le relief des meringues se distingue moins bien. Le résultat obtenu est moins intéressant.

La lumière n’est pas bonne ? Adaptez vos ambiances.
Quoi que vous fassiez, où que vous vous placiez chez vous, vous manquez toujours de lumière ? Ce n’est pas pour autant que vous devez abandonner. Qui a dit qu’une image devait être absolument lumineuse ?
Voyez différemment la photographie culinaire. Profitez d’une faible lumière pour réaliser des ambiances plus sombres, moins colorées et adaptez en conséquence vos post-traitements.
Noir, marrons, gris, bleu foncé sont de bonnes couleurs pour ces ambiances. Si vous prenez du blanc, celui-ci paraîtra gris, sale et on remarquera ce manque de luminosité. J’ai tendance à le déconseiller sauf si c’est un style que vous recherchez ! Il n’y a pas de règles.
Placez-vous plus ou moins proche de votre fenêtre pour mettre en lumière une partie de la scène et plongez le reste dans l’ombre par exemple.
Utilisez tout de même un réflecteur lorsque des ombres sont vraiment gênantes sur la scène.
Vous allez peut-être réussir à découvrir un style auquel vous n’auriez pas pensé mais qui vous plait finalement.

Pour terminer, je vous donne ci-dessous quelques exemples de photographies prises lors de journées assez sombres, soit à cause du temps, soit à cause de l’horaire tardif des prises de vue. J’ai adapté mes scènes en utilisant des ambiances sombres. Le post-traitement a été très important pour apporter de la lumière sur le sujet principal. Je n’ai pas cherché à adoucir les ombres, au contraire, l’ambiance obtenue donne un effet “cocooning” très intéressant.

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C’est avec cet article que s’achève ce mois passé avec vous. C’était un plaisir de pouvoir partager des conseils supplémentaires et vous donner de nouvelles pistes créatives. 🙂
Il me reste à vous souhaite de belles photos gourmandes !

 

Chef Nini

Française

*Guest Blogger Octobre 2016 pour Manfrotto*
Sous le pseudonyme Chef Nini, Virginie anime depuis février 2008 un blog culinaire du même nom. Elle y partage ses recettes, des articles techniques, des guides d’achat et des tests produits.
Depuis 2011, elle propose ses services de photographe, styliste et créatrice culinaire.

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