14.03.2016

Le petit guide pratique de la photo de concert

Rédigé par:
Clément Chambaud

14.03.2016

Le petit guide pratique de la photo de concert

Qui n’a jamais rêvé d’immortaliser les concerts de ses artistes favoris ? Lorsque j’ai commencé la photo, les images de concert ont toujours suscité en moi l’émerveillement, la passion. À la simple vue de ces photos, je pouvais ressentir la chaleur et l’émotion de la musique ! Moi aussi, je veux faire ça, mais comment m’y prendre ? Voici un petit guide pratique, basé sur ma propre expérience et les difficultés que j’ai rencontrées. Il vous permettra, je l’espère, de toucher du doigt le Saint Graal : vos premières photos de concert !

Photo 1

« Tryo – Le Haillan » 

C’est dans cette pratique que le mot photographie prend tout son sens à mes yeux. Peindre avec les lumières, c’est exactement ça. La photo de concert est un domaine bien particulier, pas de doute, mais il n’est pas forcément plus dur qu’un autre. Il faut juste être conscient des difficultés qu’il renferme. Comme tout le monde le sait, la chance ne sourit qu’aux esprits bien préparés.

Le matériel

Débarrassons-nous d’un fardeau, le matériel. Bien que non-indispensable pour cette pratique, avoir du matériel de bonne facture sera toujours un grand plus. En effet, les conditions de lumière souvent difficiles et très changeantes, nécessitent d’utiliser des réglages ISO relativement hauts, au moins 800 ou 1600, voire plus. De tels ISO sont le terrain de jeu favori des boîtiers haut de gamme, mais soyons honnêtes, la plupart des boîtiers récents, même entrée de gamme en sont capables.
Ce qu’il vous faudra en revanche, c’est un reflex ou un compact à objectif interchangeable, car ce qui est important ici, ce sont les objectifs. Il faudra les choisir de préférence avec une grande ouverture. Comme je l’ai dit plus haut, la lumière est parfois difficile, presque inexistante…
Pour ma part, j’ai fait le choix d’avoir un ensemble de focales fixes à grande ouverture telles qu’un 50mm f/1,4 ou f/1,8. Elles ont l’avantage d’avoir un bon rapport qualité/prix. Les zooms à grande ouverture existent, mais sont en général beaucoup plus onéreux. Le défaut des optiques à focale fixe est que vous devrez en changer régulièrement et dans le noir en plus ! Si vous êtes méthodique et avez un sac adapté (Shoulder Bag A7 de Manfrotto pour ma part), la perte de temps est négligeable. À vous de choisir !

La demande d’accréditation

Bon, et maintenant ? Je sais ce dont j’ai besoin au niveau du matériel, mais ensuite ? Je vais avec mon appareil au concert de mon choix et je dis « Coucou, je viens pour faire des photos ». Non ? Dommage… Pour la plupart des concerts, en tout cas dans les salles, mais aussi lors des gros festivals, les appareils photos ne sont pas les bienvenus. Et c’est bien normal.
Imagineriez-vous un concert où tout le monde prend des photos ? Entre le bruit des appareils, l’encombrement. Gêné par cette cohue, les salles se videraient de leur public et de toute leur âme. Il faut savoir également que les artistes ont un droit à l’image. Comme tout le monde, ils ne souhaitent pas retrouver sur internet ou en première page d’un journal une photo dégradante d’eux. C’est pour ces raisons qu’il vous faudra une accréditation. La précieuse autorisation qui vous donnera le droit d’entrer dans une salle de concert avec votre matériel et aller devant les crashs-barrières pour faire ces photos tant attendues.

Et c’est ici que le jeu commence. Pour avoir une accréditation, il faut avoir un portfolio à montrer et donc avoir déjà fait des photos de concert. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Il vous faut votre premier concert.                Pour constituer ce précieux album, sans accréditation, vous avez l’embarras du choix. C’est principalement au niveau de la scène locale de votre région que vous devrez jeter un œil. Les groupes locaux se produisent régulièrement dans des bars, lors de petits festivals ou par exemple, le jour de la fête de la musique et cela suffit amplement pour débuter. Vous pourrez essayer, recommencer, expérimenter. Photographier, tout simplement.

Pour réussir, le maitre mot, c’est « Émotion ». Ce doit être votre objectif, ce que vous devez retranscrire dans vos images.

Photo 2

« Kyle Eastwood – Le Haillan » 

Une fois votre book constitué, vous pourrez commencer à regarder les programmations des salles avoisinantes. Ne visez pas directement l’Olympia et les grosses têtes d’affiche. Faites les choses par étapes. Pour faire de bonnes photos, il faudra que vous aimiez la musique, n’allez pas à tous les concerts dans l’unique but de constituer un portfolio énorme, choisissez les artistes selon vos goûts.

Pour demander une accréditation, ce n’est jamais pareil. Vous avez diverses possibilités : contacter directement le groupe quand c’est possible, cela peut aussi être le tourneur, la production ou le manager. Jetez un œil au site web du groupe, s’il en a un. Vous pourrez y trouver ce genre de renseignements. Contacter la salle est parfois un bon moyen d’obtenir les infos, voire même l’accréditation. Ne vous attendez pas à être accrédité pour tous les concerts que vous demanderez. Parfois vous aurez beaucoup de chance, d’autres fois non.

Votre accréditation en poche, vous aurez généralement trois morceaux et pas un de plus pour exprimer votre art. Lors de ces morceaux, respectez les artistes, les autres photographes et ne l’oubliez pas, le public qui a payé sa place.

Photo 3

« Snarky Puppy – Bordeaux »

Les réglages

Il n’y a pas de réglages magiques pour faire la bonne photo, mais il y a des pistes pour s’en rapprocher. La principale difficulté réside dans la faible luminosité ambiante des scènes. Afin d’avoir des vitesses suffisamment élevées pour figer les mouvements des artistes, si c’est votre choix, vous devrez ouvrir le diaphragme de l’objectif à partir de f/2,8 et jusqu’à f/1,4. Prenez garde cependant, plus le diaphragme est ouvert et plus la profondeur de champ est courte. Avec des ouvertures pareilles, vous pouvez facilement avoir une partie du visage nette, mais pas le reste. Gare aux mouvements des artistes qui pourront sortir de la zone de netteté. Vous devrez également augmenter les ISO, et pas qu’un peu ! Dans le meilleur des cas 800 ISO est un minimum, 1600 est monnaie courante. Si vous devez monter au-delà, ne vous privez pas, les appareils récents sont suffisamment bons.

Par choix, j’utilise mon appareil en mode manuel. Ce n’est pas obligatoire pour faire de la photo de concert, mais c’est ce que j’aime. Avec ce mode, j’ai la main sur tous les paramètres : ISO, vitesse, ouverture. C’est un mode un peu complexe, mais redoutablement efficace une fois que l’on connaît bien son appareil.
Sur certains appareils, il existe une variante très intéressante du mode manuel. C’est un mode manuel avec les ISO automatiques. Vous choisissez une vitesse et une ouverture qui resteront figées, mais la sensibilité changera pour avoir la bonne exposition. Attention, ce mode peut être piégeur. Quand la lumière sera faible, la sensibilité pourra monter énormément, avec des photos difficiles à rattraper en post-traitement.
Beaucoup de photographes de concert utilisent le mode priorité à l’ouverture en définissant une grande ouverture. Combiné à un mode de mesure spot, vous aurez l’assurance d’avoir le sujet de votre photo correctement exposé. En effet, un mode de mesure matricielle prendra en compte la totalité du cadre, le fond noir de la scène également et aura donc tendance à surexposer votre sujet.
Dans tous les cas, je vous déconseille d’utiliser le flash. Il détériora l’ambiance lumineuse de la scène. Il vaut mieux tirer profit des éclairages pour retranscrire au mieux le concert ! De toute manière, le flash est la plupart du temps interdit.

Une fois vos photos faites, vous devrez très certainement passer par la case « développement » avec un logiciel type Adobe Lightroom, juste pour donner le petit peps qu’il manque. Avec ces conditions de prise de vue difficiles, prendre des photos au format RAW vous facilitera la tâche pour en retravailler les contrastes et éventuellement en réduire le bruit dû à la montée en ISO. Travailler avec ce format permet également de s’affranchir du réglage de la balance des couleurs que l’on pourra ajuster après la prise de vue.

Pour les réglages, il faut également savoir sortir des sentiers battus, surprenez-vous, surprenez-nous ! Pourquoi ne pas, entre autres, utiliser des vitesses très lentes et créer du flou ! C’est aussi une bonne manière de montrer l’énergie des artistes !

Photo 4

« Lord Dying – Mérignac »

 La composition

La photographie de concert ne déroge pas à la règle. Bien que les artistes bougent beaucoup et les lumières aussi, il faudra vous appliquer sur la composition, sans quoi vos photos risquent d’être plates et sans émotion. La règle des tiers fonctionne toujours très bien, mais osez d’autres cadrages, laissez-vous guider par les diagonales tirées par les manches de guitares ! Le format carré pourra parfois vous tirer d’affaire pour des fils et des micros inesthétiques.

Mieux que des grands mots, voici quelques exemples pour vous guider :

Photo 5

« Festival Ocean Climax – Bordeaux »

Prendre du recul est un bon moyen de montrer autre chose que les artistes. Quelques fois, les lieux transpirent une âme particulière, bien à eux.

Photo 6

« Festival Ocean Climax – Bordeaux »

Le public est très important aussi. Sans lui, pas de concert, alors ne l’oubliez pas.

Photo 7

« Fred Wesley and the new JB’s  – Bordeaux » 

Qui a dit que la photo de concert n’était que du portrait ? Pensez aux détails : mains, chaussures, costumes, bouches, instruments…

Photo 8

« John and the Volta – Mérignac » 

Tirez profit des contre-jours !

Photo 9

« Laurent Lamarca – Bordeaux »                

Les micros vous donneront du fil à retordre, toujours en pleine figure !

Photo 10

« Electro Deluxe – Bordeaux »

Maintenant, c’est à vous de jouer alors, à vos appareils et bon concert !

Produits utilisés : Manfrotto Sac d’épaule A7 pour reflex

 

Clément Chambaud

Français

Clément est né en 1991 à Bordeaux, une ville de caractère, forgée par la tradition viticole, la magie de l’estuaire de la Gironde et de l’océan Atlantique.

C’est dans cette belle région du Médoc, où le vin aux arômes sensuels côtoie les plages de sable blanc, cette côte sauvage où l’infiniment petit se confronte à l’immensité océane, que la passion est née, résolument tournée vers la nature.

Autodidacte passionné, Clément s’est inspiré de son environnement avant de se tourner vers la photographie de concert, un domaine alliant les saveurs de ses deux passions : la photographie et la musique.

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